| La fréquentation
des peuplements riverains par le cerf de Virginie en hiver:
sélection de site ou pure coïncidence?
par Pierre LARUE & Louis BÉLANGER,
Département des sciences du bois et de la forêt,
Faculté de foresterie et de géomatique, Université
Laval, Sainte-Foy, Québec G1K 7P4, Canada. Jean HUOT,
Département de biologie, Faculté des sciences
et de génie, Université Laval, Sainte-Foy, Québec
G1K 7P4, Canada.
Résumé
:Le cerf de Virginie a une forte tendance à établir
ses quartiers d'hiver (ravages) près des plans d'eau.
Toutefois, on n'a jamais vérifié si cette relation
est une coïncidence liée à la répartition
écologique des peuplements conifériens d'abri
souvent associés aux sites plus humides en bas de versant
ou si le cerf préfère les milieux riverains
à l'intérieur même d'un ravage.
Afin d'évaluer l'effet induit par le milieu riverain
sur la distribution des cerfs à l'intérieur
d'un ravage, un dispositif expérimental a été
établi dans le ravage du lac des Baies, près
de Rimouski, dans l'est du Québec. Ce dispositif nous
a permis de comparer la fréquentation des cerfs dans
des milieux riverains et non riverains qui ne différaient
que par leur proximité à un plan d'eau.
Un indice de fréquentation, déterminé
par le dénombrement de fèces, a été
mesuré dans des peuplements conifériens matures
en bordure de plans d'eau (n = 8) (des sapinières à
thuya à potentiel d'abri et de nourriture de 3,75 ha).
Puis, cet indice a été comparé au même
indice mesuré dans des peuplements conifériens
similaires situés dans le même ravage (n = 8),
mais éloignés (> 300 m) de tout milieu riverain.
L'indice de fréquentation a pratiquement doublé
dans les peuplements riverains (P = 0,02).
En raison de la similarité des deux groupes de peuplements,
ni la nature du couvert d'abri, ni la nature de la strate
arbustive d'alimentation ne peuvent expliquer cette différence
de fréquentation. Par ailleurs, la répartition
des fèces ne suggère pas la présence
d'un gradient de distribution en fonction de l'éloignement
de la berge jusqu'à une distance de 150 m de la berge.
Nous avons cependant noté que les fèces étaient
plus nombreuses sur de petites buttes surélevées
en bordure des plans d'eau.
La cause exacte de cette fréquentation plus forte reste
à déterminer, mais elle pourrait être
liée à une stratégie anti-prédateur,
dans le cas étudié, à la sélection
d'habitats pour le repos. Dans un contexte de gestion intégrée
des ressources forestières, il y aurait lieu, pour
le moment, de considérer les milieux riverains dans
les ravages comme des sites d'importance prioritaire pour
le cerf de Virginie.
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