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Biologie du chevreuil et du faon mâle

par Brian Murphy

On pouvait sentir la tension dans l'air comme le camion approchait de la station de vérification de la propriété. La nouvelle courait que Billy avait, par erreur, abattu son deuxième faon mâle de la saison et les membres, déçus, s'étaient rassemblés en attendant son retour au camp.

À peine un mois auparavant, à l'assemblée de pré-saison de l'association, on avait fortement encouragé les membres à récolter des femelles et à éviter d'abattre des faons mâles. En effet, les membres avaient établi l'amende à 100 $ pour le premier faon mâle récolté et à 250 $ pour le deuxième. Cela paraissait raisonnable étant donné que l'association participe depuis trois ans à un programme de gestion de la qualité des populations de chevreuils (QDM) et qu'elle tente de limiter la récolte des "mâles de demain".

Cette stratégie est en principe correcte. Cependant, l'est-elle au plan purement biologique? Depuis les deux dernières décennies, les chercheurs qui ont effectué des études sur les déplacements des chevreuils ont fait d'intéressantes découvertes. Les résultats de ces études s'avèrent significatifs en regard des tentatives des programmes de gestion de la qualité des populations de chevreuils de maximiser le nombre de mâles adultes sur une propriété.

La première raison qui justifie de ne pas abattre les faons mâles est que ceux-ci vont demeurer sur la propriété jusqu'à maturité et devenir alors disponibles pour la récolte.

Examinons cette prémisse en détail :


Une étude menée entre autres par le Dr Chris Rosenberry, dans l'État du Maryland, fournit quelques renseignements intéressants. Lors de cette étude, les chercheurs ont capturé et identifié, à l'aide de colliers émetteurs, 75 chevreuils mâles âgés de 6 à 18 mois. De ce nombre, 51 ont été suivis jusqu'à leur mort ou jusqu'à la fin de l'étude. De ces derniers, 70 % se sont éloignés de la région couverte par l'étude (région de 3 300 acres), sur une distance allant jusqu'à 3,7 milles pour la moitié d'entre eux. La distance de dispersion varie de 1,2 à 36 milles.

Quelques-uns de ces jeunes mâles ont même traversé une rivière large d'un mille. Une étude similaire, menée entre autres par le Dr Harry Jacobson au Mississippi, rapporte que 42 % des 52 faons mâles identifiés sont morts en dehors de 3 milles du lieu de capture. Une autre étude menée en Floride par John Kilgo et d'autres chercheurs rapporte que les 7 faons mâles étudiés se sont éloignés de la région de capture dès l'âge de 18 mois. Les recherches de Jacobson ont montré qu'une fois dispersés, les jeunes mâles demeurent généralement dans la même région jusqu'à leur mort.

Ainsi, 60 % des mâles adultes capturés à 2 ans ou plus sont morts à moins d'un mille du site de capture alors qu'aucun n'est mort à plus de 3 milles. Pris ensemble, ces résultats démontrent que la majorité des mâles âgés de 6 à 18 mois s'éloignent de leur lieu de naissance avant de s'établir dans un nouveau territoire. Cependant, une fois établis sur ce territoire, ils y restent jusqu'à leur mort.

Ces études ont de nombreuses implications pour la gestion de la qualité des populations de chevreuils, en particulier pour les petites propriétés. Étant donné que la distance moyenne de dispersion des jeunes mâles est, selon les études, de 1 à 4 milles, même les propriétés de 3000 acres et plus perdent potentiellement la majorité des jeunes mâles (faons mâles) nés sur ce territoire. Si on extrapole, protéger les faons mâles sur notre propriété revient à augmenter le nombre de mâles adultes du voisinage tout en n'ayant que peu d'impacts sur ceux de notre propriété.

Voilà qui justifie la nécessité d'une approche de gestion coopérative. Comme les faons mâles nés sur les propriétés voisines peuvent devenir vos mâles adultes de demain, le souci avec lequel vos voisins protègent leurs jeunes mâles est au moins aussi important que celui avec lequel les chasseurs de votre propriété protègent les vôtres. Cela peut aussi expliquer pourquoi certains propriétaires qui évitent de récolter les faons mâles et les jeunes mâles de 1 ½ an n'observent jamais d'augmentation du nombre de chevreuils ayant atteint l'âge de 2 ½ ans ou plus. Cela veut peut-être simplement dire que ces jeunes mâles se sont éloignés de cette propriété pour se diriger vers un territoire voisin où ils sont récoltés. En d'autres termes, vos voisins ne récoltent pas que leurs jeunes mâles, ils récoltent aussi les vôtres.

De nombreux chasseurs pratiquant la gestion de la qualité des populations de chevreuils n'ont observé aucune augmentation du poids des bêtes ou de la croissance des bois des jeunes mâles de 1 ½ an, et ce, malgré l'augmentation significative du fourrage de haute qualité par l'implantation de champs nourriciers (food plots) et l'aménagement de l'habitat. Il est possible que les jeunes mâles observés sur leur propriété aient vécu sur la propriété voisine - où la qualité de l'habitat était moindre - avant de s'en éloigner.

Même si la dispersion est un phénomène courant chez les populations de chevreuils, les causes ne sont pas encore toutes identifiées et comprises. Une étude menée en Georgie par Stefan Holzenbein et le Dr R. Larry Marchinton a révélé que la dispersion des jeunes mâles était largement réduite si la mère était récoltée avant l'éloignement. Avant cette étude, on croyait les mâles adultes du territoire responsables de la dispersion des jeunes mâles.

L'étude de Holzenbein a étudié 34 faons mâles divisés en deux groupes : 19 laissés avec leur mère (non-orphelins) et 15 dont la mère a été récoltée ou enlevée (orphelins). Les résultats ont été surprenants. À 30 mois, 87 % des non-orphelins s'étaient éloignés de leur lieu de naissance alors que seulement 9 % des orphelins avaient fait de même. De plus, le taux de mortalité des non-orphelins s'est révélé deux fois plus élevé que celui des orphelins. Les chercheurs ont conclu que les mâles dispersés, moins familiers avec leur nouvel environnement, étaient plus susceptibles de succomber à la récolte des chasseurs, à la prédation, aux accidents ou à d'autres menaces. Ces résultats sont aussi corroborés par l'étude de Rosenberry qui a révélé que seulement 36 % des jeunes mâles de 1 ½ an dispersés ont survécu à leur première saison de chasse contre 66 % de ceux qui sont demeurés sur leur territoire. La première cause de mortalité des dispersés a été la récolte par les chasseurs des propriétés avoisinantes qui ne pratiquaient pas la gestion de la qualité des populations de chevreuils.

L'étude de Rosenberry a aussi mis au jour un autre mécanisme possible de dispersion. Les chercheurs ont en effet trouvé que les bêtes dispersées étaient plus enclines à s'intégrer aux autres jeunes mâles et à participer plus activement au rituel comportemental de reproduction que les chevreuils non dispersés. De plus, les bêtes dispersées ont tendance à être davantage subordonnées lors de ces interactions. Les chercheurs pensent que la compétition associée à la reproduction crée une rivalité, explication possible de la dispersion. Étant donné que la structure sociale d'un cheptel de chevreuils peut être affectée par la structure d'âge (mâles et femelles), le ratio mâles/femelles, la densité de la population et la qualité de l'habitat, il n'est cependant pas surprenant que ces recherches aient identifié différents mécanismes de dispersion.

La plupart des chercheurs s'entendent sur le fait que la dispersion des chevreuils coïncide avec le changement de statut social du jeune mâle dans la structure du troupeau. En termes plus simples, les jeunes mâles de 1 ½ an sont des "parias" sociaux rejetés par leur propre famille et exclus des autres groupes associés à des mâles plus âgés. Souvent, les seuls membres du groupe avec qui ils entretiennent des liens " amicaux " sont les autres jeunes mâles, les faons mâles et, occasionnellement, les jeunes femelles. Le réel élément déclencheur de la dispersion se situe davantage au cœur de l'interaction complexe des pressions sociales à l'intérieur du troupeau même de chevreuils.

En tenant compte de ces découvertes, y a-t-il quelque chose qui puisse être fait pour réduire la dispersion des faons mâles sur votre propriété? L'étude de Holzenbein suggère que la récolte des femelles adultes accompagnées d'un faon mâle peut augmenter le nombre de ceux qui demeurent sur votre territoire de chasse et qui, potentiellement, deviendront adultes à cet endroit.

On croit que la dispersion des jeunes chevreuils mâles (comme chez beaucoup d'autres mammifères) peut être une façon de prévenir la consanguinité causée par l'inbreeding. En d'autres mots, cela empêche les fils de féconder leur mère, leurs sœurs et d'autres femelles apparentées. Ceci étant dit, est-ce qu'empêcher la dispersion naturelle aura des impacts génétiques négatifs dans votre cheptel de chevreuils? Même si on ne peut l'affirmer à coup sûr, cela n'apparaît pas être un problème, en particulier pour les territoires où la population est relativement nombreuse et où l'on retrouve un haut taux de mixité génétique grâce aux chevreuils des propriétés voisines.

Mais revenons à Billy. Les membres de l'association doivent-ils lui imposer une amende ou même l'exclure pour avoir récolté cet autre faon mâle? Billy a démontré sa bonne volonté en récoltant des cerfs sans bois et cela devrait être pris en considération. Souvent, réduire la densité totale de la population de chevreuils sur la propriété est l'objectif le plus important, même si quelques faons mâles sont abattus dans le processus. La pire des approches que peut adopter une association pratiquant la gestion de la qualité des populations de chevreuils est d'imposer des amendes si sévères pour la récolte des faons mâles, que trop peu de cerfs sans bois seront récoltés.

L'association doit-elle continuer de protéger les faons mâles? Naturellement, ces derniers ne se dispersent pas tous et même ceux qui le font améliorent les troupeaux avoisinants. De plus, les faons mâles (et femelles) fournissent des données utiles sur la qualité de l'habitat et sur la condition du cheptel. Parce que ces faons grandissent rapidement pendant leur première année, leur poids est un bien meilleur indicateur des variations dans la qualité de l'habitat.

Si les amendes sont trop importantes, les possibilités que les données sur ces chevreuils ne soient pas rapportées ou incluses augmenteront. De la même façon, les amendes, si imposées, devraient être suffisamment sévères de façon à encourager les chasseurs à être plus attentifs, mais pas au point de freiner la récolte entière ou de pousser les chasseurs à cacher leur "erreurs".

La meilleure approche est de fournir aux chasseurs un entraînement approprié et des ressources éducatives suffisantes pour les rendre aptes à prendre des décisions éclairées dans la récolte sélective des cerfs sans bois. En tant que membre QDMA, vous connaissez certainement notre nouvelle affiche sur la récolte sélective des cerfs sans bois qui fournit de l'information à ce sujet.

Nous vous encourageons fortement à vous procurer une copie de cette affiche pour votre association de chasseurs et pour toutes celles de votre région. Il importe encore plus de concentrer vos efforts à protéger les faons mâles et les jeunes mâles de 1 ½ an non seulement sur votre propriété, mais aussi sur toutes celles se trouvant à l'intérieur de la distance possible de dispersion (au moins 4 milles). Dans le cas contraire, le succès de votre programme de gestion pourrait être grandement compromis.

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